La Lettre de l'IFETS
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LA LETTRE DE L'IFETS N° 80 - JUIN / JUILLET 2007

Le mercure et la crémation

L

es amalgames restent en bouche de plus en plus longtemps. Jusqu'à la fin. Et après ? Car la fin ne concerne que le porteur. Le mercure, lui, comme tous les métaux lourds, se transforme mais ne disparaît pas. Le mercure demeure après la mort, l'enterrement ou la crémation.


Cet aspect des choses n'a été étudié que très récemment, et que très partiellement. Nous n'avons pas connaissance d'études sur le suivi des sols des cimentières. Ils sont certainement très pollués. Des recherches peuvent être menées sur ce point.
tombeEn revanche, les études sur la crémation tendent à se multiplier, notamment au Royaume-Uni. Les Anglais ont calculé que la crémation dégageait 1,35 tonnes de mercure par an, dont la quasi totalité, émise par rejet dans l'atmosphère.

Pratique de la crémation

La crémation est longtemps restée une pratique marginale. Jusqu'à ce que l'église catholique lève l'interdit (en 1963), le procédé était un choix retenu par un courant de pensée laïc et radical. Le développement de la crémation a réellement démarré dans les années 50 et s'est, depuis, considérablement accéléré. Alors que le crématorium du Père Lachaise est resté pendant près d'un siècle le seul crématorium de France, on en compte aujourd'hui huit en Ile-de-France et environ 80 en France métropolitaine (soit plus de 110 fours). Plus de vingt fours ont été construits au cours des deux dernières années. Le pourcentage de crémation (nombre de crémations par rapport au nombre de décès) stabilisé autour de 2 % dans les années 70, a doublé en moins de 4 ans, pour atteindre aujourd'hui 16 % (soit 87 000 crémations sur 540 000 décès).
Tout semble indiquer que ce mouvement se poursuivra. En 2 ans, le pourcentage de personnes se déclarant favorables à l'incinération, pour leur propre compte, a doublé, passant de 20 % à 39 %.

Les rejets polluants liés aux crémations

Les cadavres incinérés sont constitués de 75 % d'eau, 20 à 25 % de calcium et 0 à 5 % de divers (prothèses, bijoux, amalgames dentaires). La crémation humaine s'opère à 900° environ et les éléments sont vaporisés et/ou réduits en cendres. En fin de crémation, les imbrûlés (prothèses, bibles*) sont retirés. La plupart des métaux sont fondus (or) ou transformés en gaz (mercure).

Il n'y a pas de réglementation européenne sur ce sujet, et les normes nationales sont assez disparates

La combustion du corps et du cercueil génère des poussières et des émanations toxiques (gaz carbonique, oxyde d'azote, mercure...), que le passage dans une chambre de post-combustion permet de réduire. La crémation est donc soumise à des conditions d'exploitation particulières fixées par les Etats. Il n'y a pas de réglementation européenne sur ce sujet, et les normes nationales sont assez disparates, tant dans les seuils d'émission retenus que dans la nature des polluants contrôlés (voir tableau). La sévérité des normes est à priori sans impact sur les pratiques puisqu'on observera que l'Espagne et l'Italie ont les taux les plus faibles, alors que les normes sont très lâches pour la première et très strictes pour la seconde.
La réglementation française** n'est pas parmi les plus rigoureuses. On observera notamment qu'aucun seuil n'est fixé pour les rejets de mercure.
Avec le développement des pratiques et la sensibilité croissante aux questions environnementales et de santé publique, de plus en plus d'Etats et de collectivités ont été conduits à s'interroger sur les risques liés aux rejets polluants et à durcir leur régime. Peu à peu, les pratiques et les réglementations changent.
Au Danemark, les cercueils sont normalisés (sans vernis pour éviter les colles et la térébenthine) ; en Italie, toutes les décorations (crucifix) sont retirées. dans certaines régions d'Allemagne, le cercueil est ouvert, le corps est dénudé (pour éviter le nylon). En Suisse, les cercueils sont ouverts et les corps passés au détecteur de métaux, puis, le cas échéant, dirigés vers des fours spéciaux.
En France, les préoccupations s'arrêtent apparemment au respect de la réglementation. L'inquiétude principale touchant aux questions de santé publique ne concerne pas le mercure mais l'incinération des déchets de soins, des restes anatomiques ou dons des corps (corps humains utilisés pour la recherche et la formation hospitalières), conservés dans des bains de formol ou à l'aide de chlorure de zinc, dégageant de l'arsenic en combustion.
Les risques sont diffus. Sauf un, parfaitement repérable : le risque mercuriel.

* Les bibles, comme tous les livres et ouvrages très épais, tels que les annuaires téléphoniques par exemple, brûlent très mal. On trouve souvent des bibles imbrûlées en fin de crémation.
** Décret n° 94-1117 du 20 décembre 1994 relatif aux prescriptions applicables aux crématoriums, complété par l'arrêté du 29 décembre 1994 relatif aux quantités maximales de polluants contenus dans les gaz rejetés à l'atmosphère, et par le décret n° 97-1048 du 6 novembre 1997 relatif à l'élimination des pièces anatomiques.

Normes de rejets polluants liés aux crémations dans certains pays d'Europe
(valeurs limites autorisées en mg/Nm³ sauf mercure et dioxine)
  CO HCL SO² No
(ng/Nm³)
Poussières Dioxine Mercure
(ng/Nm³)
France 100 100 200 700 100    
Allemagne 50 40 - - 10 0,1  
Belgique 100 200 300 400 30 0,1 0,2
Italie 100 10 50 200 30 - 0,1
Pays-Bas   30     10 - 0,2
Royaume-Uni 100 200     80 - 0,2
Suède 100       20 0,1 -90% p/r Hg entrant
Suisse 50 30 250 50 0,1 0,2  
  CO = monoxyde de carbone
HCl = composés chlorés
SO² = composés soufrés
NOx = mono et dioxyde d'azote
Hg = mercure
Nm³ = mètre cube d'air normalisé

Le risque mercuriel lié aux amalgames dentaires

Que devient le mercure dentaire lors d'une crémation ?

Les caractéristiques du mercure

Volatilité :
Le mercure est un métal liquide à 20 °C et sa température d'ébullition est de 257 °C, ce qui lui confère une grande volatilité.

Toxique :
- du fait de cette grande volatilité qui lui permet d'être inhalé facilement,
- du fait de sa solubilité dans l'eau et les graisses ; rappelons que le système nerveux central (SNC) est un organe riche en lipides,
- du fait de sa grande capacité à se lier à d'autres molécules (ADN, protéines...) dont il va modifier les fonctions.

La question pouvait passer pour inconvenante ou anecdotique avant d'être sérieusement étudiée en Suisse (premier pays à avoir adopté un seuil limite d'émissions mercurielles), en Suède (où l'on pense que "les crématoriums sont les plus grands responsables des émissions de mercure") et au Royaume-Uni (où l'on a constaté que "les employés des crématoriums sont soumis à une forte exposition au mercure").

Quelles sont les conclusions de ces études ?

  • Les émissions mercurielles sont étroitement corrélées au nombre de dents traitées. Les émissions mercurielles varient d'une crémation à l'autre, dans un rapport de 1 à 100 (jusqu'à 3,5 grammes par crémation). Curieusement, une crémation d'un défunt sans amalgame génère également de faibles doses de mercure.

  • Les émissions mercurielles sont extrêmement diffuses. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les émissions par les fumées sont très faibles. L'essentiel passe ailleurs, en particulier dans les poussières, les parois du four et les locaux adjacents car la porosité des briques laisse passer les gaz. Une étude faite dans un crématorium de Zürich a démontré que les rejets internes au crématorium étaient 1,8 fois plus élevés que les rejets externes par les fumées. Une partie des gaz est d'abord incrustée dans les parois, et se libère progressivement avec la chaleur, ce qui explique les dégagements de mercure même en l'absence d'amalgame dentaire (voir plus haut).

  • L'intoxication est surtout interne et concerne le personnel d'exploitation (plusieurs cas confirmés au Royaume-Uni).

  • La Suède évalue les rejets de mercure liés aux crémations à 280 kg/an, soit près du tiers du total des émissions de mercure dans ce pays. En suède, une capsule de sélénium est disposée dans le cercueil, près du visage, pour limiter la toxicité des vapeurs mercurielles. Cette technique est critiquée à l'étranger et semble comporter autant d'avantages que d'inconvénients. La Suède a imposé une nouvelle norme de rejet afin de réduire de 90 % les émanations.

A notre connaissance, aucune étude de ce type n'a été effectuée en France. Pour un motif simple : les crématoriums respectent la réglementation. Et puisque la réglementation ne prévoit rien sur ce sujet, alors,... inutile de s'alarmer.
Le niveau des rejets est évidemment très faible. Selon une estimation de FDI, l'un des principaux constructeurs de fours de crémation, les rejets de mercure s'établissent en France aux alentours de 200 kg/an (pour 100 000 crémations). Dans les trois pays cités, le taux de crémation est supérieur à 70 % et le nombre de crémations par four est beaucoup plus important qu'en France. Par ailleurs, les moyens techniques et chimiques existent pour réduire les émissions - au moins les émissions externes. La chambre de post-combustion, le filtrage et le brûlage des poussières, la captation du mercure par charbon actif, permettent de réduire considérablement les émanations. L'adjonction d'ampoules de sélénium, quoique contestée, est une solution expérimentée en Suède et au Royaume-Uni.

Emissions de composés organiques volatils : de l'importance d'un échange constructif

C’est l’histoire d’un débat contradictoire réussi avec la DRIRE qui démontre l’intérêt d’étudier de manière approfondie la réglementation concernant les émissions de COV, applicable au site.
A

l’origine, un site comprenant deux activités utilisant des solvants et donc générant chacune des émissions de COV : une activité d’application peinture et une activité d’encollage.
L’exploitant a choisi de mettre en œuvre un Schéma de Maîtrise des Emissions (SME).
Il calcule l’Emission Annuelle Cible (EAC) de la manière suivante :

Tour Septentrion La Défense

Christine Delahaye

  1. Pour les activités de revêtement (hors revêtement adhésif), la consommation annuelle en solvants étant supérieure à 15 T, l’émission annuelle cible est calculée selon la formule suivante :
    EAC revêtement = 0.25 x 3 x ES revêtement = 0.75 x ES revêtement avec :
    EAC revêtement : émission annuelle cible dans l’année en cours pour l’activité de revêtement.
    ES revêtement : quantité d’extraits secs utilisés dans l’année en cours pour l’activité de revêtement.
  2. Pour l’activité d’encollage, la consommation annuelle en solvants est inférieure à 15 T, l’émission annuelle cible est calculée selon la formule suivante :
    EAC encollage = 1.2 x ES encollage
    avec :
    EAC encollage : émission annuelle cible dans l’année en cours pour l’activité d’encollage
    ES encollage : quantité d’extraits secs utilisés dans l’année en cours pour l’activité d’encollage.

A partir de là, l’exploitant et la DRIRE adoptent deux positions différentes :

  • La DRIRE demande que l’EAC de chaque activité soit respectée.
    De fait, l’EAC de l’activité de revêtement (cf. paragraphe 1) est atteinte grâce à la mise en place d’un épurateur de COV sur les émissions canalisées de l’installation de peinture.
    En revanche, l’EAC de l’activité d’encollage (cf. paragraphe 2) n’est pas respectée. La conséquence pour l’exploitant qui ne souhaite pas modifier son process et les produits utilisés est l’obligation de s’équiper d’un épurateur de COV pour abattre les émissions canalisées de la ligne d’encollage.
    L’investissement qu’il aurait été nécessaire de réaliser est estimé entre 200 et 250 Ke et les coûts de fonctionnement annuels entre 15 et 30 Ke.
  • La position de l’exploitant, conseillé par Christine Delahaye, ingénieur chimiste indépendant, est de respecter une Emission Annuelle Cible globale pour le site.
    Pour l’ensemble du site, l’émission annuelle cible est calculée selon la formule suivante :
    EAC site = EAC revêtement + EAC encollage
    EACsite = 0.75 x ES revêtement + 1.2 x ES encollage

Plusieurs échanges constructifs ont eu lieu entre l’inspecteur de la DRIRE en charge de ce dossier et Christine Delahaye agissant en tant que conseil pour l’exploitant.

Un gain d’environ 200 à 250 K € qui permet de préserver la compétitivité du site

Les deux parties se sont finalement appuyées sur la circulaire d’application du Schéma de Maîtrise des Emissions de décembre 2003, qui prévoit que lorsque sont présentes deux ou plusieurs activités dans le même établissement, on calcule l’émission annuelle cible (EAC) pour chaque activité puis on additionne ensuite toutes les émissions annuelles cibles pour obtenir l’émission annuelle cible du site.
En final, l’exploitant calculera donc son EAC globale site par la formule suivante :
EACsite = 0.75 x ES revêtement + 1.2 x ES encollage
Dans ces conditions, grâce à l’épurateur déjà monté sur la ligne de peinture, installation la plus génératrice d’émissions COV, l’abattement obtenu est suffisant pour atteindre l’EAC globale du site.
Les échanges constructifs entre l’inspecteur de la DRIRE et Christine Delahaye, spécialiste de la réglementation sur les émissions de COV, ont permis à l’exploitant d’atteindre la conformité réglementaire sans avoir à réaliser de nouveaux investissements, d’où un gain d’environ 200 à 250 Ke, qui permet de préserver la compétitivité du site.

Christine Delahaye
Tel/fax : 01 48 77 78 90
www.depollution.org